L'un de mes clients de ces dernières années était un grand compte. On a travaillé ensemble sur 3 projets. Je dis "on" car lorsqu'on travaille pour un grand compte, on est rarement seul sur un projet - il y a une équipe avec laquelle on avance, d'autant plus lorsqu'on prend le rôle de lead dev de cette équipe.

J'ai décidé de mettre fin à mes missions avec ce client.

C'est pourtant ce client qui m'a fortement soutenue dans mon activité de freelance, ça ne s'oublie pas.

Les projets n'étaient pas simples, mais pour moi un projet complexe est souvent un projet amusant. J'ai toujours apprécié mes coéquipiers de mission, qu'ils soient internes au client ou prestataires comme moi. Non, j'ai décidé d'arrêter juste parce qu'il s'agit d'un grand compte, et que c'est un modèle de vente qui me plaît moins.

Le planning figé contre l'engagement à l'objectif

Pour un grand compte, on vend souvent un nombre de jours : un planning quasiment figé 3 mois à l'avance, jour par jour — peu importe ce qui sera livré au bout.

J'ai découvert un autre modèle de vente, que je pratique avec les PME, qui me plaît davantage : l'engagement à l'objectif. On part du besoin client - toujours - puis je m'engage début du mois sur l'ensemble des sujets que j'aurai livrés fin du mois.

Ce mode-là marche quand on est seul maître de son rythme. Or sur une grosse mission en équipe, il faut être au même tempo que les autres - l'engagement à l'objectif n'a pas vraiment sa place là-dedans.

Ça m'arrange pour 2 raisons :

  • motivation : un engagement plus personnel - avec une PME, je détiens les leviers pour le tenir
  • autonomie : je travaille quand je le souhaite, sans me caler aux horaires d'une équipe

Concrètement, je peux avancer un sujet un dimanche soir parce que j'étais dedans, et lever le pied un mardi après-midi parce que j'en ai envie. Personne ne regarde l'horloge - on regarde si le sujet du mois est livré.

Partir proprement

Alors qu'est-ce qui se passe quand on veut mettre fin à une relation professionnelle qui durait depuis plusieurs années ?

D'abord, on culpabilise un peu. Ensuite, on réfléchit à comment rendre les choses les plus simples possibles pour les projets qui étaient dans mon périmètre. Plus simple pour que :

  • les autres développeurs du projet ne se retrouvent pas avec une bombe entre les mains
  • les informations métier ne soient pas perdues avec le départ
  • on s'efface peu à peu du projet, jusqu'à ne plus être le Single Point of Failure sur aucun sujet - ce qui est souvent le cas pour un lead dev qui a pris des sujets en main

J'aurais dû finir en décembre. Mais pour faire les choses bien, j'ai poursuivi avec ce client jusqu'en juillet, parce qu'on me l'a demandé et parce qu'il y avait des deadlines projet à respecter. Être développeur, ce n'est pas juste livrer du code : c'est livrer un produit, et s'assurer que ce produit peut vivre sans nous.

Ce que ça change

Ce choix, j'ai pu le faire parce que pendant toute la durée de cette grande mission, j'ai gardé du temps pour travailler avec des PME - celles qui, aujourd'hui, peuvent prendre la place laissée par ce grand compte.